Nous reprenons in-extenso un article de Valérie Hoffmeyer, publié dans « le Courrier International »
ECONOMIE - Pour déterminer le prix d’un spécimen donné, les spécialistes tiennent désormais compte de son utilité sanitaire et social.
La valeur des arbres n’en finit pas de grimper, comme l’illustrent les péripéties qui entourent actuellement le futur musée d’ethnographie de Genève. Ce projet est menacé par un référendum dont les 6000 signataires réclament le maintien d’arbres vénérables mis en péril par les travaux.
Mais au fait, au-delà de sa valeur symbolique et affective, quel est le prix concret d’un arbre ? La manière de calculer celui-ci est justement en train de changer. D’un côté, il y a par exemple l’épicéa dans une forêt jurassienne. Lui, coûte 100 francs suisses (70,00€). De l’autre, il y a le platane du même âge, situé sur les quais d’un lac romand. Lequel peut atteindre jusqu’à 20.000,00 francs (14.000,00 €). L’Union suisse des services des parcs et promenades (USSP) est actuellement en train de réviser la directive qui permettra de mieux prendre en compte la valeur virtuelle et potentiel d’avenir d’un arbre, mais surtout de calculer le montant des dommages-intérêts à verser par le fautif qui aurait abîmé un spécimen.
« Jusqu’ici, on tenait compte de l’essence, de l’emplacement, de l’âge et de la santé. Mais cela n’est plus suffisant. Désormais, lors d’un dommage, nous cherchons le meilleur arbre de remplacement en pépinière, quitte à faire le voyage en Italie ou Allemagne. Il ne sera pas forcément de taille identique, mais il doit être le plus apte à reprendre le rôle de son prédécesseur. A son prix d’achat, nous ajoutons les travaux de replantation et de transport. S’il faut l’amener en hélicoptère sur le site, on, peut atteindre des dommages-intérêts très élevés, dans les 20.000,00 à 25.000,00 francs suisses ! » Explique Peter Stünzi, secrétaire de l’USSP.
Cette nouvelle approche est pourtant encore loin de celle bien ancrée dans les mœurs anglo-saxonnes. « Aux Etats-Unis, on considère désormais un arbre pour ce qu’il rapporte et non pour ce qu’il coûte. Les autorités mènent des études pour démontrer à quel
point les plantations et leur entretien réduisent les charges publiques » explique Robert Perroulaz, enseignant en dendrologie à la Haute Ecole de paysage, d’ingénierie et
d’architecture de Genève. « Prenons la ville de Charlotte, en Caroline du Sud. Il a été établie qu’outre le CO² chaque arbre réduisait aussi les
niveaux d’ozone, de dioxyde d’azote, de dioxyde de soufre et de particules fines de 38 935 kilos chaque année. Les coût de purification industrielle correspondants seraient de 36 270,00
dollars par an ».
Et pour la santé ? « La ville de Sacramento (en Californie) possède 2080 hectares de parcs, ouverts à toutes les activités sportives. La ville a calculé qu’une personne inactive coûte en frais de santé 250 à 500 dollars de plus par an qu’une personne ayant une activité physique dans les parcs. Vu que 78000 personnes utilisent régulièrement ces parcs, le bénéfice pour la santé est estimé à presque 20 millions de dollars », répond Robert Perroulaz.