Aujourd’hui ce ne sont pas nos « colonnes », mais notre cœur que nous ouvrons à cette « indignée » Pélissannaise qui nous a remis l’émouvant article que nous publions ci-après
Pauvre Agnès, Pauvre Elodie, Pauvres tant d’autres et surtout Pauvre Fabienne. Se souvient-on d’elle ?!
Pélissannais, reportez-vous 29 ans en arrière (et oui l’an prochain cela fera 30 ans !! déjà). Nous avons vécu à Pélissanne la même douleur, la même honte et la même haine envers ce maléfique démon qui hante toujours notre jeunesse et qui peut frapper n’import qui.
Le 21 mai 1982 on a retrouvé Fabienne, belle jeune fille d’à peine 18 ans, avec de longs cheveux blonds, de beaux yeux clairs, et une gentillesse inoubliable, on l’a retrouvée non pas attachée à un arbre et le corps calciné, mais attaché à des genêts (près du canal de la route de Salon) et le corps souillé, lacéré. Pendant 3 jours, tout Pélissanne l’a recherchée ; c’était le pont de l’ascension. Elle avait disparu alors qu’elle allait passer à Salon son CAP de secrétariat. Elle avait fait de l’auto stop pour s’y rendre toujours pour économiser. Et c’est grâce à Mme MO astrologue réputée du journal le Régional qu’on a pu retrouver son corps inanimé, abusé et après quels sévisses. Seule l’autorité de Police connait la suite.
Pélissanne s’était mobilisé, Pélissanne a pleuré et jamais on ne devait l’oublier. Une « place » dans le cimetière Fontainebleau lui a été gracieusement attribuée, sur le corps de son jeune frère « suicidé » le 30 mars 1976 », lui aussi très jeune adolescent.
Certaines familles sont touchées par le sort mais Fabienne, que demandait-elle ? Elle n’avait pas honte à travailler en dehors de ses cours d’école pour alléger les dépenses de ses parents (humble employé communal). Elle faisait des ménages que l’on appelle « au noir » pour se payer son permis et sa voiture. C’était écrit !
30 ans après et voilà qu’on a besoin de « places » car les cimetières sont devenus trop petits. Aussi pourquoi ne pas déloger ces Pélissannais inhumés depuis plus de 30 ans sur des terrains communs (terrains communs = anciennement fosse commune : terrain mis à la disposition des familles démunies ou n’ayant aucun lieu pour inhumer les siens avec le risque d’être remis à disposition d’autres familles après 5 ans : tout le monde par le passé se faisait inhumer ainsi, c’est pourquoi un ossuaire était dans chaque cimetière pour y mettre les restes des défunts).
Alors, parents vieillissant, malades, n’ayant rien prévu - car simples retraités - pour leur futur décès, on a exhumé Fabienne avec tant d’autres, pour les mettre à l’ossuaire. Bien sûr dans les reliquaires, surement avec son frère, mais jetés, en vrac, par l’orifice de l’ossuaire.
« Quand le vent cessera de souffler
Quand l’eau cessera de couler
Quand les oiseaux cesseront de changer
Alors tes amis cesseront de penser à toi »
Une plaque avait été faite par ses amis au moment de son départ. Elle a été mise sur l’ossuaire.
Ne pouvait-on pas trouver un petit coin de paradis dans le cimetière, mais à perpétuité, à celle qui a tant fait pleurer les Pélissannais et les Pélissannaises ? Et à celle qui a tant souffert ! C’est vrai que cela est difficile pour des étrangers à cette « affaire » d’en décider . Mais n’ont ils pas un peu d’humanité ??? Rappelez-vous de son enterrement, je n’y étais pas mais on me l’a narré. N’était-ce pas poignant ? Le corps porté par les Sapeurs Pompiers, toute la population mobilisée ! Le dernier hommage à l’église St Maurice, et ce monde sur la place Eric Croux, devant le parvis de l’église… Combien de personnes n’ont pas pu rentrer ??? Et ce grand cortège qui n’en finissait pas. Non pas en marche blanche, on ne connaissait pas… mais pour rendre hommage à ce jeune corps martyrisé et injustement ôté de l’affection des siens, de son fiancé et de ses amis.
Comme Agnès aujourd’hui, comme toutes les autres qui ont subi le même sort ou celle qui le subiront. Bien sûr espérons que cela ne soit pas dans notre famille proche. Mais être concerné à ce moment là, tout le monde l’est. Et surtout ne faites pas comme là Pélissanne : des « étrangers » arrivent sur la ville, ne sachant rien, ne connaissant rien et surtout ne demandant rien. Et même ceux d’entre eux, qui le savent, se taisent pour ne pas offusquer la décision de Sa Majesté. C’est vrai Fabienne aurait leur âge maintenant et je suis sûr qu’elle se souviendrait…. Son éducation étant ce qu’elle était.
Faire la place au autres et tout ça pour ne pas avoir écouter les conseils de son prédécesseurs : « penser à faire un 3ième cimetière » et qui lui mettait les reliquaires dans un dépositoire, proprement placés sur des étagères dans un « cabanon » à cet effet au fond du cimetière, afin de permettre aux familles de les réinhumer, plusieurs années après, et de les mettre dans leur dernière demeure, nouvellement achetée parce qu’ils avaient changé d’opinion sur la mort, en vieillissant.
Souvenez-vous de Fabienne, elle est à l’ossuaire de la rue Fontainebleau. Martyr elle a été, et regrettée elle le sera à jamais.
Et pourtant on a donné à une famille un espace au cimetière du haut Taulet afin de faire un mausolée en souvenir d’une jeune fille qui s’était suicidée (connue elle par la nouvelle municipalité). Ces cendres ont été emmenées par la famille dans une autre partie de la France.
Pour Fabienne, elle, les restes de son corps ont été mis dans un reliquaire et sont restés à Pélissanne. Vœu de sa famille partie depuis dans le Gard. Pourquoi cette différence ? Parce qu’elle n’était pas connue par la nouvelle municipalité. Tant pis Fabienne, tu restes parmi les Pélissannais.
« Une hirondelle » perdue dans cet hiver, de « Pélissanne, ville qui bouge » ! Mais dans quel sens ?